L’auto-hébergement: la transition

Voici la suite de l’article précédent sur l’auto-hébergement et moi. La première partie faisant le point sur mes compétences de départ et sur comment j’ai réussi à mettre en place mes premiers services malgré mes handicaps et mon manque de culture informatique et surtout réseau. Nous voilà en 2008 sur un forum dont j’ai été membre (très actif) puis modérateur. Cette communauté était vivante et d’un niveau technique certain. Souhaitant y apporter ma pierre et profiter de cet espace en ligne pour y poser mes écrits, j’ai décidé de partager mon expérience sur l’auto-hébergement dans un topic dédié. Ce sera le tremplin vers l’auto-hébergement sérieux, et le lancement d’un site consacré au sujet, hébergé encore aujourd’hui derrière ma ligne ADSL.

On repart sur des bases saines, et on apprend… Encore !

Comme les internets manquaient de tutos abordables pour les gens comme moi, je me suis décidé à repartir de zéro pour la mise en place de mes services. Héberger mon propre site sérieusement ne me semblait pas encore possible, alors j’ai ouvert un topic sur ce fameux forum. Mon but était d’avoir un premier post qui prendrait la forme d’un tuto que je compléterai au fur et à mesure. La suite du thread servant pour y poser mes questions et échanger sur le sujet et exposer mes problèmes et leurs solutions avec le reste de la communauté. Un modèle pas si éloigné du bloc-note numérique qu’est ce blog avec les articles et les commentaires.

A l’époque Ubuntu était LA distribution pour les non linuxiens. Entendez par là qu’elle était la mieux « vendue » par Canonical et la communauté autour. Étant à l’étroit dans la façon de fonctionner de SME, je me suis donc tourné vers ubuntu 8.04 TLS pour mettre en place ce serveur. Debian me semblait trop complexe à ce moment là, même si avec le recul elle était quasiment aussi abordable. Me voyant mal tout faire en ligne de commande je suis parti sur une version d’ubuntu livrée avec un environnement graphique plutôt que la version « server ».

J’en avais profité pour changer de configuration matériel en partant sur un atom 330 (dualcore avec hyperthreading), 1Go de ram et un disque dur de 640Go. L’atom, que les utilisateurs de windows de windows trouvaient anémique dès sa sortie, se révélait largement suffisant pour porter ce petit serveur. Autre intérêt : la consommation de la configuration totale n’était même pas de 50W. Un aspect à prendre en compte lorsque l’on met en place une machine qui fonctionnera 24 heures sur 24, 365 jours par an.

Serveur Atom 330 mini ITX

Serveur Atom 330 mini ITX

Ce tuto était au départ surtout orienté « serveur web ». J’y détaillais l’installation d’ubuntu, de LAMP et de webmin entre autre. Ce dernier étant un panel web de gestion de serveur auquel on peut ajouter des modules dédiés pour configurer les logiciels installés sur la machine depuis son navigateur internet. Les programmes « serveurs » les plus courants ont un plugin disponible pour cette interface web. Cela a été pour moi la solution de transition entre le tout en interface web sur SME, et webmin qui donne aussi accès à l’édition des fichiers de configuration des logiciels. D’ailleurs je l’utilise toujours.

Au fur et à mesure le tuto s’est développé, et une partie de la communauté s’est prise au jeu. Un certain engouement, qui il me semble, perdure encore, est né sur ce forum pour les server@home.

J’aime beaucoup les forums pour ça. Ce sont de vrais lieux d’échange et de partage. Et si j’ai changé de communauté d’encrage plusieurs fois depuis mon arrivée sur les réseaux, j’ai toujours aimé être actif sur ce type de site.

Ce tuto, que j’ai fait disparaître depuis à cause de certaines divergences d’opinion avec le propriétaire des lieux, a fini par faire l’équivalent de 16 pages en police 12 sur un traitement de texte classique. J’y ai travaillé pendant plus d’un an avec l’aide des membres de ce forum, dont celle de l’admin de l’époque. J’en profite d’ailleurs pour le remercier de son aide. Et même si mon serveur tournait en permanence, le nombre de fois où il a fallu que je refasse une installation fraîche d’ubuntu à cause de mauvaises manipulations a été plus que conséquent. Cette machine était plus un laboratoire où je faisais des expériences qu’un serveur digne de ce nom.

Ce topic était aussi l’occasion d’échanger très régulièrement sur le sujet avec un camarade de ce forum. Il partageait mon avis sur le fait que le web francophone manquait cruellement de site permettant à des débutants comme nous de trouver de l’aide pour mettre en place leurs propres services. Comme je l’ai déjà dit dans le premier article, à cette époque, les différentes communautés rassemblant souvent des professionnels ou des utilisateurs aguerris de linux accueillaient assez fraîchement les débutants sans bagage technique. Nous avons décidé d’y remédier ensemble à notre niveau.

Fini de jouer, on passe à du concret !

C’est là que j’ai franchi sérieusement le cap de l’auto-hébergement. Jusque là je n’avais pas dépassé la mis en place d’un site ou d’un serveur teamspeak sans réelle continuité de service. On a commencé à mettre nos documentations sous forme d’articles sur un blog hébergé chez moi. C’était fin 2010, homeserver-diy.net était né. Le site a évolué 2 fois depuis. La première en y ajoutant un forum. Sûrement à cause de l’attachement que j’ai à l’esprit communautaire.  Mais aussi parce qu’entre débutants on a tendance à mieux se comprendre et donc à s’entraider. En tous cas plus qu’entre un technicien réseau et un bricoleur du dimanche qui ne sait pas réellement faire la différence entre un protocole et un service. La deuxième évolution fut le déplacement des docs vers un wiki. Ce qui nous a aussi permis d’élargir le nombre de contributeurs. Maintenant, il suffit de demander sur le forum pour que nous vous ajoutions au groupe vous permettant d’écrire sur ce wiki. Et plusieurs personnes on participé à cette partie de HomeServer-DIY.  Le site perd de la vitesse depuis un peu plus d’un an maintenant. Mais ce premier projet sérieux a assez bien rempli son rôle.

Et pour en revenir au sujet de cet article, le fait d’héberger ce site m’a poussé à monter sérieusement en compétence. Il a fallu que je me mette à niveau concernant les sauvegardes, un minimum de sécurité, le partage des accès à un tiers, gestion des mises à jour …

Ce fut une période riche en découvertes et en apprentissage. Le fait d’avoir un site à faire vivre fut un vrai moteur. On testait et installait tout ce qui nous semblait intéressant. Du streaming audio, au partage de fichiers en local ou via bit torrent… toute installation réussie donnait lieu à l’écriture d’une page de documentation la plus didactique possible.

Le fait que les ordinateurs portables commençaient à arriver en tant que machine secondaire dans les foyers des technophiles rendait en plus assez pertinente la centralisation des données chez soi sur une machine dédiée. Les smartdevices allaient par la suite encore plus pousser dans ce sens.

Mes connaissances en matière d’hébergement s’étant étoffées, je me suis retrouver à accueillir plusieurs sites sur mon serveur. Plus d’une vingtaine au total, jusqu’à 7 en simultané, et 6 au moment où j’écris ces lignes. Toujours sur cette fameuse ligne en cuivre qui est passée depuis d’un bon ADSL à un VDSL très moyen, mais avec un débit d’upload supérieur.

Depuis cette époque, je suis devenu un touche à tout en matière de selfhosting. J’auto-héberge mes serveurs DNS, XMPP, DLNA, samba, domotique, un serveur mail, des sites pour des copains etc. J’ai aussi commencé à mettre les mains dans le PHP, le CSS et le shell.

Avec le recul, la quantité d’informations et de connaissances acquises sont très nombreuses malgré des échecs et les difficultés rencontrés. Je comprends bien mieux comment le monde numérique qui s’est développé autour de nous fonctionne et j’en connais aujourd’hui les enjeux et l’importance de maîtriser nos données.

En parallèle, lors d’une session de procrastination sur le presque neuf Youtube, je suis tombé sur une conférence de Benjamin Bayart qui était alors coupée en 7 parties : la maintenant célèbre « Internet ou minitel 2.0 ».
Voici la première de la série. La qualité est discutable, mais le contenu fait vite oublier le visuel et le décor est vite planté.

J’ai revu cette conférence plusieurs fois car elle m’a tout de suite interpellé. Benjamin Bayart y aborde un peu l’auto-hébergement son importance dans la conservation des internets entant que réseaux libres et neutres. Il y aborde aussi l’impact déterminant que les internets ont et auront en bien ou en mal sur notre société. Je me suis petit à petit rendu compte que les grands acteurs des internets nous enfermaient dans un pseudo confort, qui leur donnait une grande capacité de contrôle des réseaux au point de quasiment en détourner, si non le fonctionnement, au moins les usages qu’en font les internautes.

J’ai alors commencé à pousser les gens qui avaient un minimum de connaissances en informatique autour de moi à se pencher sur l’importance de contrôler leur données et et sérieusement d’auto-héberger. J’espérais que la plupart montent leur propre serveur et conservent leurs datas importantes chez eux derrière leur connexion internet.

J’ai mis du temps à le comprendre, mais ce vœux pieux ne s’est pas réalisé. Je doute même que ce soit le cas un jour, mais je crois en certaines alternatives. Ce sera le sujet du prochain article.

(128)

2 Responses to “L’auto-hébergement: la transition”

  1. Bonjour Tom,

    Très sympa ta série d’article sur l’autohébergement.

    Jim

    Jim
    janvier 29th, 2016 at 16 h 57 min Répondre
    • Merci, ça fait plaisir.
      Cet article semble rencontrer un certain succès, je pense qu’il a été bien propagé sur twitter.
      Le troisième et sûrement dernier de la série n’arrivera pas avant mi-février. J’y développerai mon point de vue sur l’auto-hébergement aujourd’hui.

      Tom23
      janvier 29th, 2016 at 18 h 12 min Répondre

Leave a Reply

© 2017 Tom23's blog. All Rights Reserved.
WordPress theme by Blogging Tips